Un rapport récemment publié par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), intitulé “Laissés pour compte dans la douleur : étendue et causes des variations mondiales dans l’accès à la morphine à des fins médicales et mesures pour améliorer l’accès sécurisé”, aborde les disparités significatives dans la consommation d’analgésiques narcotiques entre les pays. Le rapport présente également les résultats d’enquêtes menées auprès d’experts, en particulier les mesures qui pourraient être cruciales pour garantir l’accès des patients aux analgésiques narcotiques.

Selon les estimations, plus de 95% de tous les opioïdes (en doses équivalentes de morphine) sont distribués dans les pays à revenu élevé, tandis que seulement 0,03% se trouvent dans les pays à faible revenu. De plus, même si la morphine est disponible dans ces pays, les patients ayant des besoins médicaux en opioïdes n’ont généralement accès qu’à une moyenne de seulement 10 mg d’opioïdes équivalents à la morphine par an (Knaul F.M. et al., 2018), ce qui est inférieur à la moitié de la dose de départ standard pour les adultes. De nombreuses personnes n’ont pas du tout accès.
La Turquie, l’Australie, la France et la Chine étaient les principaux cultivateurs de pavot à opium (Papaver somniferum) pour la production pharmaceutique en 2021. De 2015 à 2020, 80% des ventes mondiales de produits morphiniques disponibles commercialement sous forme brute étaient attribuées à 10 sociétés pharmaceutiques (IQVIA, 2022).
En 2021, un total de 33 115 kg de morphine a été distribué à des fins médicales (et scientifiques) dans le monde. La distribution de la morphine à des fins médicales était très inégale, avec plus de 80% alloués aux pays des régions américaine et européenne de l’OMS, en particulier ceux classés comme pays à revenu élevé par la Banque mondiale. Par exemple, dans la région américaine, la distribution de la morphine à des fins de consommation était concentrée aux États-Unis (76,7%) et au Canada (12,6%). La consommation de morphine par jour et par million d’habitants dans les pays à revenu élevé en 2021 s’élevait à 125,9, 24,9, 6,7 et 2,0 doses définies quotidiennes (DDD) pour les pays à revenu élevé, supérieur à la moyenne, inférieur à la moyenne et à faible revenu, respectivement. Pour la consommation d’autres opioïdes puissants, à l’exclusion de la morphine (comme le fentanyl, l’hydrocodone, l’hydromorphone, l’oxycodone et la péthidine), les doses quotidiennes définies (DDD) étaient respectivement de 3 028,6, 152,3, 6,7 et 2,4. Il est intéressant de noter qu’il n’y a pas de corrélation entre le niveau global de consommation d’opioïdes et le besoin médical de ces médicaments, comme l’indiquent les calculs du nombre de jours de douleur modérée à sévère ou de dyspnée par population (Knaul F.M. et al., 2022). Alors que certains pays à faible revenu peuvent avoir des besoins similaires à ceux des pays à revenu élevé, ils signalent des niveaux de consommation d’opioïdes nettement plus bas. De plus, une revue systématique de la littérature révèle que la fréquence de la dépendance, de l’abus ou de la mauvaise utilisation des opioïdes après leur utilisation médicale pour la gestion de la douleur est estimée à 4,7 % (Higgins C. et al., 2018). Pour améliorer l’accès sécurisé, les répondants de l’enquête ont identifié cinq actions prioritaires dans différentes régions :
- Créer et mettre en œuvre un ensemble de services et de produits essentiels pour promouvoir l’utilisation rationnelle de la morphine (régions des Amériques, d’Asie du Sud-Est, de la Méditerranée orientale).
- Établir des prix abordables pour la morphine médicale (régions des Amériques, d’Europe, du Pacifique occidental).
- Développer des réseaux de distribution intégrés (régions africaines et européennes).
- Élargir l’accès aux personnes atteintes de pathologies autres que le cancer et le VIH, ainsi qu’aux enfants (régions des Amériques, d’Europe).
- Améliorer l’accès aux établissements de soins de longue durée, aux soins à domicile et aux institutions d’hospice (région du Pacifique occidental). En se concentrant sur ces priorités et en mettant en œuvre les mesures appropriées, les efforts mondiaux peuvent être orientés vers l’amélioration de l’accès sûr et équitable aux analgésiques narcotiques, garantissant aux patients une gestion de la douleur adaptée, quel que soit leur lieu géographique ou leur niveau de revenu.
